Interview d'un grand costumier, Stéphane Rollot
"Mantille & Sombrero"
Costumes pour le théâtre et le cinéma
Après des années passées sur des tournages, Stéphane Rollot a décidé de s’installer au Viaduc des Arts et de sédentariser son métier de costumier pour le cinéma et le théâtre.
Débutant dans le prêt-à-porter il a ensuite été assistant pour de grands costumiers comme Edith Vesperini. Rapidement, de grandes productions ont suivi, d'une grande diversité et le créateur cite le « Don Giovanni de Mozart » à Salzbourg, un travail qui a fait appel au plus grand plaisir de Stéphane Rollot, la recherche historique, le devoir d'exactitude esthétique mis au service du cinéma ou du théâtre.
En effet, sous le nom de « Mantille et Sombrero », on trouve d'abord un créateur, qui signe de nombreuses créations, mais aussi un atelier où d’autres créateurs de costumes viennent faire fabriquer leurs propres réalisations. L'équipe est composée de couturiers et couturières, tous intermittents du spectacle, dont certains enseignent aussi dans des écoles spécialisées dans le costume.

Interview :
Vous avez commencé dans le prêt-à-porter, pourquoi une telle reconversion ?
J’ai commencé à faire du prêt a porter, puis j’ai fait des petites séries dans le cinéma, pour des costumières. Je trouvais ça plus intéressant et facile.
Quel a été le facteur déclencheur qui a provoqué ce changement ?
J’aimais découvrir ce nouveau monde. Un nouveau microcosme, une nouvelle histoire, un autre scénario.
N’êtes-vous pas mélancolique des années passées sur les lieux de tournage ?
C’est vrai que j’aimais beaucoup ça, mais disons que je me suis adapté.
Les professionnels qui viennent dans votre atelier, s’habituent ils à votre sédentarisation ?
Ils adorent. Ils aiment bien l’atelier, venir ici. C’est le « foutoir »,c’est vivant. J’aimerais que se soit plus un laboratoire mais eux, ça leur plait comme ça.
Selon vous, quel avenir pour le milieu ?
Pas bien. Pas bien parce qu’il y a une vrai baisse du chiffre d’affaire. La production se délocalise aussi à l’étranger donc…
Est-ce que le multimédia est un ennemi ?
Non pas du tout. Ca existait déjà avant, et puis cela coûte très cher donc…Et à la base, il faut toujours du dessin. Donc non, le multimédia n’est pas un ennemi. Dans les 1ers « Astérix », il y avait déjà les légionnaires copiés collés. Dans les Enki Bilal, par exemple, tout est mélangé. C’est une vraie création !
Pour vous, quelle elle est la différence fondamentale entre costumier et couture ?
Les deux n’ont rien à voir, d’abord dans le fonctionnement.
Nous, on est dépendant d’une production qui va se monter ou pas. C’est très incertain comme situation.
Dans la couture, quand les vêtements sont faits, la collection est lancée. Il y a quelque chose de répétitif, de récurrent : vous avez tant de modèles à faire, après vous lancez la production.
Il nous est arrivé de créer des choses qui ne se sont jamais vues car on ne créée pas que selon une demande.
Votre travail se partage-t-il essentiellement entre dessin, recherche de tissu et confection ?
On fait des gribouillis, mais aussi pas mal de dessins très précis. On réfléchit beaucoup dans l’atelier à la coupe…
Des fois il n’y a pas du tout de dessin. On peut attaquer directement la maquette. Mais parfois aussi il n’y a pas de maquette. C’est un vrai travail se sensibilité. Des fois on fait même un costume à partir d’une idée.
Comment gérez-vous une commande de costumes pour un film ? L’atelier est composé de combien de petites mains ?
On gère tout ça avec beaucoup de monde : une bonne équipe courageuse. Ce sont des intermittents. Il nous arrive d’avoir beaucoup de petites mains.
Comment créez-vous ? Adaptez-vous le costume à l’histoire, au personnage ?
Oui bien sur : il y a une réelle recherche historique. Et de praticité selon les évènements que va vivre le personnage. Il faut prendre les deux en compte pour notre création, c’est très important pour le film.
Votre atelier accueille d’autres créateurs, vous laissez vous influencer ?
Ca arrive.
Donnez vous une allure plus moderne à vos costumes ?
Oui et non, on fait de la reconstitution la plupart du temps. Et puis de temps en temps on fait aussi des adaptations. On peut créer un costume historique parfait comme on peut le réinterpréter.
Y-a-t’il des exigences des réalisateurs ou des acteurs ?
Ils ne nous imposent rien. On a appris à gérer et anticiper avec le temps.
Que deviennent les costumes ?
Soit ils appartiennent à la production et peuvent être revendus. Soit il arrivent chez des loueurs et sont alors réutilisés.

Article et montage photo : PEYRON Jeanne-Marie