David Lachapelle, un photographe très "mode"
L'exposition du moment alliant mode et art est évidemment celle de David Lachapelle au Musée de la Monnaie de Paris, quai de Conti, qui regroupe une centaine des oeuvres photographiques de l'artiste américain, 73 exactement, au lieu des 200 annoncées, l'artiste ayant opéré une sélection pendant la scénographie, souhaitant exposer ses oeuvres les plus récentes, en trois dimensions, et ses séries les plus "artistiques", comme la série "Recollections in America" (2007), critique de l'Amérique de Bush, ou "Awakened" (2007) figurant des noyés figés dans une attitude pleine de grâce, plutôt que ses oeuvres les plus connues, où son rôle d'artiste est plus contestable en tant qu'elles véhiculent davantage l'image d'un photographe effectuant une commande pour une chanteuse à la mode, Britney Spears par exemple, ou une marque de consommation, Lavazza entre autres.

L'exposition connaît un franc succès auprès du public, en particulier le jeune public, vraisemblablement interpellé par ces images lisses qui semblent tout droit sortis d'une publicité ou des pages d'un magazine de mode. Même si l'artiste paraît vouloir se défaire de cette image collante de photographe de la mode, il n'en est pas moins que ses photos transpirent le glamour, le sexe, la jeunesse, la perfection ; bref, la recette idéale pour un shooting de mode réussi, plus proche du rêve que de la réalité.
Lachapelle a bien été photographe pour la publicité et pour la mode, comme le prouvent ses photographies issues de la série "Destruction & Disaster" (2005), exposées à la Monnaie, mettant en scéne des mannequins habillés par des créateurs, on peut notamment reconnaître dans "The House of the End of the World" une robe Viktor & Rolf, au milieu de ruines qui figurent le passage d'une catastrophe naturelle violente, qui ne semblent pas troubler les protagonistes davantage que par une lassitude étudiée.

Le fait est que dans sa tentative de dénonciation de l'attitude consumériste de ses pairs, comme dans "Le Déluge" (2007) où le capitalisme entraîne une chute et un effondrement du monde, ou comme dans "Décadence" (2007), reproduction du Jardin des délices où plaisir ne rime pas forcément avec bonheur, comme dans ses oeuvres les plus criantes de ce même consumérisme qu'il montre pour le mieux rejeter, David Lachapelle reste à la surface des choses, c'est cette superficialité qui l'empêche d'accéder pleinement au statut d'artiste reconnu. Il a certes la capacité à montrer au public ce que ce public aime, et il créée des images belles et drôles, kitsch à souhait, mais cela ne va pas plus loin, n'en déplaisent à ses nombreux adeptes et fans. Ses photos touchent pourtant les visiteurs, les interpellent au point qu'ils dépensent un certain nombre d'euros en cartes postales à la boutique, et que les catalogues se vendent comme des petits pains là-bas, malgré la frustration liée aux nombre d'oeuvres exposées, et la file d'attente s'allonge toujours plus malgré le prix d'entrée excessif (10 euros) et l'attente parfois longue (plus d'une heure). C'est là le mystère Lachapelle, la connivence qu'il créée avec le public par ses oeuvres à l'esthétique pop et porno-chic décomplexée.

L'hôtel dédié à la numismatique, datant du 18e s., magnifique, n'a pas l'habitude de voir défiler autant de modeux, et de jeunes branchés, et n'en revient pas d'une telle affluence. L'enfant gâté du Pop art, assistant d'Andy Warhol à ses débuts, à la manière d'un Jeff Koons à Versailles, lui en aura fait voir de toutes les couleurs. Un contraste finalement aussi intéressant.
Exposition David Lachapelle, Hôtel de la Monnaie de Paris, Quai de Conti, du 6 février au 31 mai 2009
Article : Margaux Pigois
Montage photo : Peyron Jeanne-Marie